
Il paraît que depuis son apparition, certains boulottent du mp3 comme d’autres se gavent de sucreries bien chimiques. Ils en écrivent des pages et des pages, les uns en font des sites, les autres s’oublient dans leurs considérations égotistes.
Dire que l’on s’en fiche n’est pas un vain mot.
Le net est devenu un vide-ordure à sentiments. Cette absence de limites dans l’écrit a certainement pour origine un “vide”, une absence dans la pensée et la représentation imaginaire. En fait nous ne savons rien. Métaphoriquement parlons, nous ne pouvons pas utiliser des mots pour poser certaines questions qui précèdent certains mots. Seule la musique le permet. La fantastique prodigalité des langages musicaux ne résoud pas l’énigme de Babel mais elle ne l’obscurcit pas. Au contraire, elle édifie des mondes, des utopies, des réactions éphémères, des potentialités discursives. Le musicien est un polyglotte des sons et de fait, il est plus libre que n’importe qui.
Aussi lorsqu’on aborde des rivages au sable noir avec des nappes de piano et de synthé sorties tout droit des lymbes, avec comme seul but de nous faire cauchemarder, la musique devient-elle un objet de propagande ? Moolah et son Woe Ye Demon Possessed cueillent les fruits perdus d’un monde. Ce monde-ci, je ne veux pas le connaître, il ressemble à ce film perdu “La fin absolue du monde” de John Carpenter, un film sur le cinéma dans tout ce qu’il y a de plus poisseux et angoissant. Ce disque impose ou plutôt implique une logique du néant et du nihilisme. Dans notre république du polyglotte des sons, le morceau d’ouverture Crystal Waters est une carte blanche laissée aux pyromanes, sa liberté de ton, un appel irréfléchi.
Claustrophobe à souhait. On respire mal.
by the mystic fire
ye wait . . . . yor hide
glistening with sweat
of strange endeavors
performing dances
to the sun and moon
licking blood drinking tears
sacrificing love on the
altar of tomorrow
eating fruits of stolen vineyards
with withered young mouths
that sing old songs
which were forbid…
Cet anti-monde affecte notre propre anarchie. Une fois écoutée, notre esprit est happé par les contingences sonores de cette musique. Elle devient rhétorique et métaphorique. Elle déconstruit nos habitudes, notre existence immanente, le jeu perpétuel de notre innocence. Alors il se peut que chaque note prise séparément, expulsée du silence permanent, enprunte la voie d’une certaine humanité. Peut-être existe-t-il une sphère intermédiaire où le langage musical crée une oeuvre irréparable. Nul ne le sait.
On quitte quelques temps un navire, peu enclin à nous enivrer de ses mots. On revient avec le même sale goût de décomposition dans la bouche. Si ce blog tient lieu de rubrique nécrologique, autant tester le saut de l’ange. Une chute finale. Point. C’est si simple de glorifier le passé d’un mort. Nous sommes au 20 heures de la domestication des esprits. Rendons notre cerveau disponible et buvons du coca à la gloire d’Arthur Lee. Trinquons à cette langue larmoyante que l’on ne parle plus impunément, mais qu’on respire et accepte. Buvons à la mémoire d’Arthur Lee, qui fut le premier en tout mais le dernier à mourir.
Nous étions heureux dans les années 60, tout était mieux dans les années 60. Il suffisait d’une révélation au coin de la rue, pour être tenu à participer à la grande fête orgiaque. Que reste-t-il aujourd’hui ? Une immense gueule de bois et quelques poussières d’étoile.

Au rock des folles, j’oppose le punk croquignolet des Pansy Division. Sans vouloir entrer dans une classification aussi sordide qu’inutile (la liste des courses, c’est au 666ème étage, couloir 6, porte 66), les groupes ou chanteurs qui se revendiquent ouvertement gays, lesbiens ou trans ne sont pas légion. On a bien ici et là quelques coming out qui sentent bon le cuir et la sueur, mais l’essentiel de la queer mouvance se cache essentiellement du côté des folkeux.
Lorsque débarque en 1993 Pansy Division, ce groupe brise, plus ou moins, une loi des silences et des clichés qui voudrait que milieu gay rythme nécessairement avec la disco et la house cheap. Le pogo, les guitares à trois cordes, les batteries éventrées sont réservés aux bons hétéros du village, ma bonne dame. Et pas question de sortir des circuits bien huilés des strass et de la boule à facettes !
Avec Pansy Division, on aborde de plein fouet les sujets réservés jusqu’alors à un cercle ou aux magazines undergrounds : fist fucking, les meilleures positions sexuelles, les désirs refoulés de jeunes éphèbes, etc. L’arrivée de tels thèmes, sans le déguisement délicieusement perverti à la Velvet Underground, bouleverse quelque peu la donne dans le milieu punk, qui manifeste régulièrement une homophobie rampante et puante. Le groupe, un quatuor dans le vent, affiche ses couleurs “No Future” fortement teintées de rose vif. Voilà pour le message politique.
En revanche, musicalement, c’est de la daube avariée en boîte. Car si les Pansy Division font du punk-rock, moi je fais du yukélélé avec mon clavier. Ces mecs-là se sont arrêtés aux clichés du genre (et encore), car leur musique lorgne plutôt vers un pop/rock des plus gentillets que vers la faconde énervée des Dead Kennedys. On y déniche même des morceaux de country, ce qui ferait chavirer d’angoisse tout bon punk. Prenez un morceau comme He whipped my ass in Tennis (mp3) aux paroles savamment crues :
So we whipped and fucked
And fucked and whipped
And whipped and fucked
And fucked and whipped
He whipped my ass in tennis
Then I fucked his ass in bed
Chanté sur un air tyrolien participe davantage à un foutage de gueule généralisé qu’à une reconnaissance active d’une quelconque appartenance. Quitte à revendiquer un punk/rock ouvertement gay, la démarche d’un Bob Mould, moins ostentatoire, apporte plus d’eau au moulin de l’esprit punk que ces quatre mignons-là.